La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, стр. 200
elle devait aller se montrer aux agents. Ce serait trop injuste que Luther ait des ennuis à cause d’elle. Elle voulut retourner vers la souche, mais soudain elle sentit une main qui lui attrapa l’épaule. Elle se retourna et sursauta : — Maman ? Dit-elle. Les deux genoux cassés, Luther gisait au sol, gémissant. Tour à tour, Travis et Pratt lui donnaient des coups de pied et de matraque. — Qu’as-tu fait à Nola ? criait Travis. Tu lui as fait du mal ? Hein ? T’es un putain de détraqué, c’est ça ? T’as pas pu t’empê-cher de lui faire du mal ! Luther hurlait sous les coups, suppliant les policiers d’arrêter. — Maman ? Louisa Kellergan sourit tendrement à sa fille. — Qu’est-ce que tu fais ici, ma chérie ? demanda-t-elle. — Je me suis enfuie. — Pourquoi ? — Parce que je veux rejoindre Harry. Je l’aime tellement. — Tu ne dois pas laisser ton père tout seul. Ton père serait trop malheureux sans toi. Tu ne peux pas partir comme ça… — Maman… Maman, je suis désolée pour ce que je t’ai fait. — Je te pardonne, ma chérie. Mais tu dois arrêter de te faire du mal, maintenant. — D’accord. — Tu me le promets ? — Je te le promets, Maman. Que dois-je faire, maintenant ? — Rentre auprès de ton père. Ton père a besoin de toi. — Mais, et Harry ? Je ne veux pas le perdre. — Tu ne le perdras pas. Il t’attendra. — C’est vrai ? — Oui. Il t’attendra jusqu’à la fin de sa vie. Nola entendit encore des cris. Luther ! Elle courut à toutes jambes jusqu’à la souche. Elle cria, elle cria de toutes ses forces pour que les coups cessent. Elle surgit d’entre les fourrés. Luther était étendu, mort. Debout devant lui, le Chef Pratt et l’officier Travis regardaient le corps, hagards. Il y avait du sang partout. — Qu’avez-vous fait ? hurla Nola. — Nola ? dit Pratt. Mais… — Vous avez tué Luther ! Elle se jeta sur le Chef Pratt, qui la repoussa d’une gifle. Elle saigna immédiatement du nez. Elle tremblait de peur. — Pardon, Nola, je ne voulais pas te faire de mal, balbutia Pratt. Elle recula. — Vous… Vous avez tué Luther ! — Attends, Nola ! Elle s’enfuit à toutes jambes. Travis essaya de la rattraper par les cheveux ; il lui arracha une poignée de mèches blondes. — Rattrape-la, bon Dieu ! hurla Pratt à Travis. Rattrape-la ! Elle fila entre les taillis, écorchant ses joues, et traversa la dernière rangée d’arbres. Une maison. Une maison ! Elle se précipita vers la porte de la cuisine. Son nez saignait toujours. Elle avait du sang sur le visage. Deborah Cooper lui ouvrit, paniquée, et la fit entrer. — À l’aide, gémit Nola. Appelez des secours. Deborah se précipita de nouveau sur le téléphone pour prévenir la police. Nola sentit une main lui obstruer la bouche. D’un geste puissant, Travis la souleva. Elle se débattit, mais il la serrait trop fort. Il n’eut pas le temps de ressortir de la maison : Deborah Cooper revenait déjà du salon. Elle poussa un cri d’effroi. — Ne vous inquiétez pas, balbutia Travis. Je suis de la police. Tout va bien. — Au secours ! hurla Nola en essayant de se dégager. Ils ont tué un homme ! Ces policiers ont assassiné un homme ! Il y a un homme mort dans la forêt ! Il s’écoula un moment dont il n’est pas possible de dire combien de temps il dura. Deborah Cooper et Travis se dévisagèrent en silence : elle n’osa pas se précipiter sur le téléphone, il n’osa pas s’enfuir. Puis un coup de feu retentit et Deborah s’écroula par terre. Le Chef Pratt venait de l’abattre avec son arme de service. — Vous êtes fou ! hurla Travis. Complètement fou ! Pourquoi avez-vous fait ça ? — On n’a pas le choix, Travis. Tu sais ce qui nous serait arrivé si la vieille avait cafté… Travis tremblait. — Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda le jeune officier. — J’en sais rien. Nola, terrorisée, rassemblant l’énergie du désespoir, profita de ce moment de flottement pour se défaire de la prise de Travis. Avant que le Chef Pratt n’ait eu le temps de réagir, elle se jeta hors de la maison par la porte de la cuisine. Elle perdit l’équilibre sur les marches et tomba. Elle se releva aussitôt, mais la main puissante du Chef la retint par les cheveux. Elle poussa un hurlement et lui mordit le bras qu’il tenait près de son visage. Le Chef la relâcha, mais elle n’eut pas le temps de s’enfuir : Travis lui asséna un coup de matraque qui vint frapper l’arrière de son crâne. Elle s’écroula par terre. Il recula, épouvanté. Il y avait du sang partout. Elle était morte. Travis resta penché un instant sur le corps. Il eut envie de vomir. Pratt tremblait. De la forêt, on entendit les oiseaux chanter. — Qu’est-ce qu’on a fait, Chef ? murmura Travis, hagard. — Du calme. Du calme. Ce n’est pas le moment de paniquer. — Oui, Chef. — On doit se débarrasser de Caleb et Nola. Ça, c’est la chaise électrique, tu comprends. — Oui, Chef. Et Cooper ? — On fera croire à un assassinat. Un brigandage qui a mal tourné. Tu vas faire exactement ce que je te dis. Travis pleurait à présent. — Oui, Chef. Je ferai tout ce qu’il faut. — Tu m’as dit que tu avais vu la voiture de Caleb près de la route 1. — Oui. Il y a les clés sur le contact. — C’est très bien. On va mettre les corps dans la voiture. Et tu vas t’en débarrasser, d’accord ? — Oui. — Dès que tu seras parti, je préviendrai des renforts, pour que personne ne nous soupçonne. Il faut faire vite, d’accord ? Quand la cavalerie arrivera, tu seras déjà loin.