La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, стр. 199
Fonce ! Fonce ! Luther accéléra davantage. La Chevrolet distança un peu plus la voiture de Travis. Après Goose Cove, la route 1 suivait quelques courbes : Luther les prit très serrées et en profita pour gagner encore un peu d’avance. Il entendit la sirène s’éloigner. — Il va appeler du renfort, dit Luther. — S’il nous attrape, je ne partirai jamais avec Harry ! — Alors nous allons nous enfuir dans la forêt. La forêt est immenfe, perfonne ne nous y retrouvera. Tu pourras atteindre le Fea Fide Motel. Fi on me prend, Nola, ve ne dirai rien. Ve ne dirai pas que tu étais avec moi. Ainfi, tu pourras t’enfuir avec Harry. — Oh, Luther… — Promets-moi de garder mon livre ! Promets de le garder en souvenir de moi ! — Je promets ! À ces mots, Luther braqua subitement le volant et la voiture s’enfonça à travers les fourrés de la lisière de la forêt, avant de s’immobiliser derrière des épais buissons de ronces. Ils en descendirent précipitamment. — Cours ! ordonna Luther à Nola. Cours ! Ils fendirent les taillis épineux. Sa robe se déchira et son visage se griffa. Travis pesta. Il ne voyait plus la Chevrolet noire. Il accéléra encore, et ne remarqua pas la carrosserie noire dissimulée par les fourrés. Il continua tout droit sur la route 1. Ils couraient à travers la forêt. Nola devant et Luther derrière, ayant plus de difficulté à se faufiler à travers les branches basses à cause de sa corpulence. — Cours, Nola ! Ne t’arrête pas ! s’écria-t-il. Sans s’en rendre compte, ils s’étaient rapprochés de la lisière de la forêt. Ils étaient aux abords de Side Creek Lane. À la fenêtre de sa cuisine, Deborah Cooper observait les bois. Soudain, il lui sembla y apercevoir du mouvement. Elle regarda plus attentivement, et vit une fille qui courait à toute allure, poursuivie par un homme.Elle se précipita sur le téléphone et composa le numéro de la police. Travis venait de s’arrêter sur le bas-côté de la route lorsqu’il reçut l’appel de la centrale : une jeune fille avait été aperçue près de Side Creek Lane, apparemment poursuivie par un homme. L’officier confirma réception de la réquisition et fit aussitôt demi-tour en direction de Side Creek Lane, gyrophares enclenchés et sirène hurlante. Après un demi-mile, son regard fut attiré par un reflet lumineux : un pare-brise ! C’était la Chevrolet noire, dissimulée dans les fourrés ! Il s’arrêta et s’approcha du véhicule, l’arme à la main : il était vide. Il retourna immédiatement à sa voiture et fonça jusque chez Deborah Cooper. Ils s’arrêtèrent près de la plage pour reprendre leur souffle. — Tu crois que c’est bon ? demanda Nola à Luther. Il tendit l’oreille : il n’y avait plus aucun bruit. — On devrait attendre un peu ifi, dit-il. On est à l’abri dans la forêt. Nola avait le cœur qui battait fort. Elle pensait à Harry. Elle pensait à sa mère. Sa mère lui manquait. — Une fille en robe rouge, expliqua Deborah à l’officier Dawn. Elle courait en direction de la plage. Il y avait à ses trousses un homme. Je n’ai pas bien vu. Mais il était plutôt costaud. — Ce sont eux, dit-il. Puis-je utiliser votre téléphone ? — Bien entendu. Travis appela le Chef Pratt chez lui. — Chef, je suis désolé de vous déranger en congé, mais j’ai une drôle d’affaire. J’ai surpris Luther Caleb à Aurora… — Encore ? — Oui. Sauf que cette fois, il a fait monter Nola Kellergan dans sa voiture. J’ai essayé de l’intercepter mais il m’a semé. Il s’est enfui dans les bois, avec la petite Nola. Je crois qu’il s’en est pris à elle, Chef. La forêt est dense, et seul, je ne peux rien. — Nom de Dieu. T’as bien fait d’appeler ! J’arrive tout de suite. — Nous irons au Canada. J’aime le Canada. Nous habiterons une jolie maison, au bord d’un lac. Nous serons si heureux. Luther sourit. Assis sur un tronc mort, il écoutait les rêves de Nola. — F’est un beau projet, dit-il. — Oui. Quelle heure as-tu ? — Il est presque dix-huit quarante-cinq. — Alors il faut que je me mette en route. J’ai rendez-vous à dix-neuf heures, chambre 8. De toute façon, nous ne risquons plus rien maintenant. Mais à cet instant, ils entendirent des bruits. Puis des éclats de voix. — La police ! paniqua Nola. Le Chef Pratt et Travis fouillaient la forêt ; ils en longeaient l’orée, près de la plage. Ils avançaient dans les bois, la matraque à la main. — Va-t’en, Nola, dit Luther. Va-t’en, moi ve resterai ifi. — Non ! Je ne peux pas te laisser ! — Va-t’en, bon sang ! Va-t’en ! Tu auras le temps d’aller au motel. Harry fera là ! Fuyez vite ! Fuyez le plus vite poffible. Fuyez et foyez heureux. — Luther, Je… — Adieu, Nola. Fois heureuve. Aime mon livre comme v’aurais voulu que tu m’aimes. Elle pleurait. Elle lui fit un signe de la main et disparut entre les arbres. Les deux policiers avançaient d’un bon pas. Au bout de quelques centaines de mètres, ils aperçurent une silhouette. — C’est Luther ! beugla Travis. C’est lui ! Il était assis sur la souche. Il n’avait pas bougé. Travis se précipita sur lui, et le saisit au collet. — Où est la gamine ? hurla-t-il en le secouant. — Quelle gamine ? demanda Luther. Il essaya de compter dans sa tête le temps qu’il faudrait à Nola pour arriver au motel. — Où est Nola ? Que lui as-tu fait ? répéta Travis. Comme Luther ne répondait pas, le Chef Pratt, venant par-derrière, lui attrapa une jambe et, décochant un très violent coup de matraque, lui brisa le genou. Nola entendit un hurlement. Elle stoppa net sa course et tressaillit. Ils avaient trouvé Luther, ils le battaient. Elle hésita une fraction de seconde : elle devait rebrousser chemin,