La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, стр. 196

attendit Nola, comme il faisait toujours. Elle arriva peu après, heureuse de savoir leur départ proche. Elle ne remarqua pas la silhouette tapie dans les fourrés qui l’observait. Elle entra dans la maison par la porte principale, sans sonner, comme elle faisait désormais tous les jours. — Harry chéri ! appela-t-elle pour s’annoncer. Il n’y eut aucune réponse. La maison semblait déserte. Elle appela encore. Silence. Elle traversa la salle à manger et le salon, sans le trouver. Il n’était pas dans son bureau. Ni sur la terrasse. Elle descendit alors les escaliers jusqu’à la plage et cria son nom. Peut-être était-il allé se baigner ? Il faisait ça lorsqu’il avait trop travaillé. Mais il n’y avait personne non plus sur la plage. Elle sentit la panique l’envahir : où pouvait-il bien être ? Elle retourna dans la maison, appela encore. Personne. Elle passa en revue toutes les pièces du rez-de-chaussée puis monta à l’étage. Ouvrant la porte de la chambre, elle le trouva assis sur son lit, en train de lire un paquet de feuilles. — Harry ? Vous étiez là ? Ça va faire dix minutes que je vous cherche partout… Il sursauta en l’entendant. — Pardon, Nola, je lisais… Je ne t’ai pas entendue. Il se leva, rempila les pages qu’il tenait dans ses mains et les glissa dans un tiroir de sa commode. Elle eut un sourire : — Et que lisiez-vous de si passionnant que vous ne m’ayez même pas entendue hurler votre nom à travers la maison ? — Rien d’important. — C’est la suite de votre roman ? Montrez-moi ! — Rien d’important, je te montrerai à l’occasion. Elle le regarda d’un air mutin : — Vous êtes sûr que ça va, Harry ? Il rit. — Tout va bien, Nola. Ils sortirent sur la plage. Elle voulait voir les mouettes. Elle ouvrit grands les bras, comme si elle avait des ailes, et courut en décrivant de grands cercles. — J’aimerais pouvoir voler, Harry ! Plus que dix jours ! Dans dix jours nous nous envolerons ! Nous partirons de cette ville de malheur pour toujours ! Ils se croyaient seuls sur la plage. Ni Harry, ni Nola ne se doutaient que Luther Caleb les observait, depuis la forêt, au-dessus des rochers. Il attendit qu’ils retournent dans la maison pour sortir de sa cachette : il longea le chemin de Goose Cove en courant et regagna sa Mustang, sur le chemin forestier parallèle. Il se rendit à Aurora et gara sa voiture devant le Clark’s. Il se précipita à l’intérieur : il devait absolument parler à Jenny. Il fallait que quelqu’un sache. Il avait un mauvais pressentiment. Mais Jenny n’avait aucune envie de le voir. — Luther ? Tu ne devrais pas être ici, lui dit-elle lorsqu’il se présenta devant le comptoir. — Venny… Ve fuis dévolé pour l’autre matin. Ve n’aurais pas dû t’attraper le bras comme ve l’ai fait. — J’ai eu un bleu après ça… — Ve fuis dévolé. — Il faut que tu partes maintenant. — Non, attends… — J’ai porté plainte contre toi, Luther. Travis dis que si tu reviens en ville, je dois l’appeler et que tu auras affaire à lui. Tu ferais bien de partir avant qu’il ne te voie ici. Le géant eut un air dépité. — Tu as porté plainte contre moi ? — Oui. Tu m’as fait si peur l’autre matin… — Mais ve dois te parler de quelque fove d’important. — Rien n’est important, Luther. Va-t’en… — F’est à propos de Harry Quebert… — Harry ? — Oui, dis-moi fe que tu penfes de Harry Quebert… — Pourquoi me parles-tu de lui ? — As-tu confianfe en lui ? — Confiance ? Oui, bien sûr. Pourquoi me poses-tu cette question ? — Il faut que ve te dive quelque fove… — Me dire quelque chose ? Quoi donc ? Au moment où Luther s’apprêtait à répondre, une voiture de police apparut sur la place qui faisait face au Clark’s. — C’est Travis ! s’écria Jenny. File, Luther, file ! Je ne veux pas que tu aies des ennuis. * — C’est bien simple, me dit Harry, c’était le plus beau livre que j’avais jamais lu. Et je ne savais même pas que c’était pour Nola ! Son nom n’apparaissait pas. C’était une histoire d’amour extraordinaire. Je n’ai plus jamais revu Caleb ensuite. Je n’ai plus eu l’occasion de lui rendre son texte. Car survinrent les événements que vous savez. Quatre semaines après, j’apprenais que Luther Caleb s’était tué sur la route. Et je détenais le manuscrit original de ce que je savais être un chef-d’œuvre. Alors j’ai décidé de le reprendre à mon compte. Voilà comment j’ai basé ma carrière et ma vie sur un mensonge. Comment pouvais-je imaginer le succès qu’allait connaître ce livre ? Ce succès m’a rongé toute ma vie ! Toute ma vie ! Et voilà que trente-trois ans plus tard, la police retrouve Nola et ce manuscrit dans mon jardin. Dans mon jardin ! Et à ce moment-là, j’ai eu tellement peur de tout perdre, que j’ai dit que j’avais écrit ce livre pour elle. — Par peur de tout perdre ? Vous avez préféré être accusé de meurtre plutôt que de révéler la vérité sur ce manuscrit ? — Oui ! Oui ! Parce que toute ma vie est un mensonge, Marcus ! — Donc Nola ne vous a jamais volé cette copie. Vous avez dit ça pour vous assurer que personne ne mettrait en doute que vous en étiez l’auteur. — Oui. Mais alors, d’où sort l’exemplaire qu’elle avait avec elle ? — Luther le lui avait déposé dans sa boîte aux lettres, dis-je. — Dans sa boîte aux lettres ? — Luther savait que vous alliez vous enfuir avec Nola, il vous avait entendus en parler sur la plage. Il savait que Nola allait partir sans lui, et c’est ainsi qu’il a terminé son histoire : avec le départ de l’héroïne. Il lui écrit